Dire, désilenciser, débanaliser la violence culturelle ordinaire

Cette vache et son veau devraient-ils quitter cette prairie publique ?

Le Hêtre est un « éditeur engagé » ; c’est ce que nous indiquons dans notre charte éditoriale. A ce titre, en effet, nous prenons parti, nous formulons des jugements de valeur. Car nous avons des convictions. Et c’est pour communiquer ces convictions que nous avons choisi de publier des ouvrages qui les exposent et les argumentent.

Notre blog existe pour prolonger nos réflexions sur ces thèmes qui nous tiennent à coeur comme précisément le « problème de l’allaitement ».
La condamnation des comportements de stigmatisation envers ce que nous croyons être un droit fondamental de l’être humain (allaiter et être allaité librement) ne relève pas d’un goût pour la polémique mais doit être comprise comme un effort de « désilencisation » des stratégies sociales et culturelles qui oeuvrent à faire de l’allaitement en public un « problème ».

Ce qui s’est produit dans ce magasin relève typiquement d’une stratégie, probablement inconsciente au niveau individuel, de dévalorisation d’un comportement normal (du point de vue d’une normativité biologique) dont l’empêchement constitue une atteinte aux droits les plus fondamentaux.
Dire, exprimer, montrer, désigner, c’est lever cette conspiration du silence autour des violences ordinaires que subissent les individus qui adoptent des comportements culturellement ou socialement considérés comme incorrects et pourtant légitimes.

Il ne s’agit pas de condamner des personnes mais des attitudes globales dans le schéma desquels bourreaux et victimes sont confondus. Malheureusement, dans le cas qui nous occupe, les « agresseurs » sont à la fois des produits et des vecteurs de cette culture majoritairement occidentale qui a érigé le sein maternel au rang d’objet érotique au point de trouver indécente et d’assimiler à un acte sexuel une simple tétée.

Je ne doute pas un seul instant de la véracité de ce témoignage ; il m’a été rapporté par des personnes qui ont toute ma confiance. Mais la question essentielle n’est pas tant celle de la véracité de ce témoignage en particulier ni de la partialité des victimes.
La malheureuse expérience ici rapportée n’est nullement un cas isolé. Se voir refuser l’accès de certains lieux, subir des regards désapprobateurs voire des remarques désobligeantes et des ingérences dans leur sphère privée (ne pas confondre le privé avec l’intime) est le lot quotidien de nombreuses femmes qui allaitent, surtout quand elles allaitent au long cours.
Et quand cette ingérence est institutionnalisée (la responsable du magasin ne s’est pas exprimée en son nom mais bel et bien en tant que responsable d’un magasin), nous estimons qu’elle doit être dénoncée et condamnée.

Le silence tue. Plus que les mots, il entérine l’inacceptable. Plus nous serons nombreux à manifester notre consternation face aux violences silencieuses culturelles et institutionnalisées que nous subissons routinièrement, plus vite ceux qui la pratiquent et la perpétuent probablement sans conscience et comme des automates cesseront alors de considérer ces violences comme normales.

Dali Milovanovic, responsable éditoriale.

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5 réponses à Dire, désilenciser, débanaliser la violence culturelle ordinaire

  1. Edith dit :

    BRAVO et merci à vous d’oser !

  2. tijraph dit :

    Je partage l’article :)

  3. Frédérique dit :

    MERCI Dali, j’aime toujours autant te lire ;-) xxx

  4. Edith dit :

    Pouvons-nous citer (des extraits de) votre article sur notre blog, lorsque nous parlerons allaitement ?

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